Sommaire du n°645
Les Sporades Imprimer Envoyer
Samedi, 30 Octobre 2004 01:00

L'archipel oublié

Alors que les célèbres et blanches Cyclades attirent comme un aimant les touristes étrangers, les Athéniens leur préfèrent souvent les Sporades, ce chapelet d'îles verdoyantes et escarpées qui, bien plus au nord, se prélassent au large des côtes de Thessalie. Les brèves distances et les vents sages permettent d'en savourer tous les charmes, au fil de navigations tranquilles entre des ports ourlés de villages blancs aux toits de tuiles et des baies cristallines et désertes.
 

Présentation

Aube sereine sur la baie déserte de Kira Panayia. Aucun zéphyr ne trouble la surface de l'eau, dont la transparence laisse voir la chaîne d'ancre zigzaguant sur le fond de sable clair. Les premiers rayons du soleil font exploser des senteurs d'origan et de fenouil sauvage dans l'air pur du matin et quelques chèvres qui caracolent entre les chênes verts soulignent le silence de leurs bêlements plaintifs.
 

 

Carnet de route

Milina et Skiathos

Il semble qu'une éternité se soit écoulée depuis notre embarquement à la base Sunsail de Milina, début de notre périple dans les Sporades, et pourtant cet appareillage ne remonte qu'à trois jours. Magie de la mer Egée, qui vous transforme en odyssée la moindre croisière d'une semaine !
Il faut dire que les Sporades favorisent les rêves ulysséens, particulièrement lorsqu'on s'approche des îles orientales de l'archipel, protégées par leur statut de réserve naturelle et pratiquement désertes. Seuls quelques pêcheurs y relâchent, le temps de retirer daurades, rascasses ou rougets de leurs filets, une bonne occasion de faire son marché en direct quand on est amateur de poisson frais.
Parfois nommée Pélagos, " l'île du large ", Kira Panayia réserve ses baies désertes aux plaisanciers et aux pêcheurs de passage.
Mais revenons à notre point de départ, Milina, un hameau niché dans le coin le plus retiré du golfe de Volos, où Sunsail a établi sa base. Dépaysement assuré dès l'arrivée, après deux heures de car sur une route de montagne depuis l'aéroport de Volos. L'endroit est idyllique et il y a juste ce qu'il faut face au ponton du loueur, à savoir une sympathique taverne et un " mini-market " bien approvisionné pour garnir la cambuse. Idéal pour une première soirée tranquille, à moins que l'on ne préfère s'offrir un bord de cinq milles jusqu'à Palaio Trikeri, petite île couverte d'oliviers où l'on choisira entre le mouillage sur la côte nord ou l'escale au charmant village situé au sud. De là, il n'y aura que vingt milles à couvrir pour sortir du golfe de Volos et rejoindre Skiathos, la première des Sporades, à moins de trois milles de la côte continentale.
A partir de Skiathos, les îles du groupe nord, séparées par de brefs chenaux, forment une guirlande sinueuse qui s'étire d'ouest en est sur environ 45 milles, offrant un terrain de jeu idéal pour des croisières à petites étapes. Comptez 12 à 25 milles par jour, avec une alternance de criques et de petits ports où l'on partage la place avec les vieux caïques de pêche. Pas la moindre marina-béton à l'horizon, et plus on avance vers l'est, plus c'est tranquille!

Les ports

Ce sont des ports traditionnels avec des quais aménagés pour la plaisance, où l'on s'amarre par l'arrière, en mouillant l'ancre. Le séjour est bon marché (6-8 €/ jour pour un 45 pieds) dans les ports principaux, souvent gratuit dans les ports mineurs. On compte quatre ports principaux correspondant aux capitales des îles: Skiathos, Skopélos, Patitiri sur Alonnisos et Linaria sur Skiros.

Mouillages

Des mouillages aux eaux limpides

Bien qu'une semaine suffise à faire un joli tour des îles, un séjour un peu plus long permettra à coup sûr de mieux en apprécier les charmes. Avec l'avantage de pouvoir dérouler l'itinéraire jusqu'à Skiros. Cette grande île, isolée à une trentaine de milles des autres, présente un visage totalement différent, plus austère, plus " cycladique ", avec ses petites maisons cubiques et ses montagnes ocre brûlées par le soleil.
Skiathos, la première île du parcours, est la plus fréquentée. Couverte jusqu'au bord de l'eau de forêts et de grandes oliveraies (sa première richesse avant le tourisme), elle est frangée de belles plages sur sa côte sud, hélas trop touristiques en saison. Son port, abrité dans une large baie, a beaucoup de charme, petit Saint-Trop' local avec ses tavernes au bord du quai et son dédale de ruelles pavées. Et si le quai de la ville, très passant, ne vous tente pas, la baie offre un mouillage tranquille et sûr.
De Skiathos à Skopélos, encore plus verdoyante que sa voisine, il n'y a qu'un saut de puce: à peine quatre milles d'un rivage à l'autre et tout juste treize milles pour rejoindre le port principal, bordé par le plus beau bourg de l'archipel, avec ses cent vingt églises (123 précisément) et ses maisons blanches à toit rouge ancrées à flanc de colline. C'est une escale où il faut prendre le temps de se balader dans le labyrinthe des ruelles et des escaliers bordés de balcons fleuris ou d'antiques chapelles, dont les murs laissent apercevoir des blocs de mar­bre sculptés provenant de temples antiques. Son port est bien abrité, quoique sujet à du ressac quand le meltémi souffle fort, et l'on y profite d'une vue imprenable sur la ville depuis le quai des yachts. Skopélos compte deux autres petits ports, l'un à l'ouest, l'autre au sud, et plusieurs baies pratiquement désertes. Plus à l'est, Alonnisos, elle aussi très verte, semble épargnée par le temps. Passez sans (trop de) regrets devant Patitiri, le port principal, mais ne manquez surtout pas Steni Vala, ravissant hameau de pêcheurs blotti dans une crique très abritée, avec deux ou trois tavernes en bordure d'un vieux quai, et un café-épicerie-bazar, dont le patron écrivain est aussi un spécialiste reconnu d'histoire et d'archéologie sous-marine.

A voir

Un monastère byzantin perché sur les falaises

Il faut encore continuer quelques milles vers l'est et les mouillages perdus des îles de Péristéra et Kira Panayia, où la seule construction est un monastère du XIIIe siècle ancré à 150 m d'altitude sur les falaises de la côte orientale. On y accède par un escalier taillé dans la rocaille à partir d'une petite anse praticable par beau temps. Une ascension à ne pas manquer si la météo s'y prête. Les yeux pleins de la lumière des îles, on remet à regret le cap à l'ouest pour le retour vers Milina, sans se priver de quelques jolies escales en route, par exemple Loutraki, sur Skopélos, ou Pighadi, sur la côte continentale.

Un sanctuaire marin

Toute la partie nord-est de l'archipel, incluant Alonnisos et les petites îles au nord et à l'est, fait partie d'une vaste réserve naturelle terrestre et maritime béné­ficiant d'une protection renforcée. La chasse, la cueillette et la pêche y sont interdites ou très réglementées, et il est même interdit de débarquer sur certains îlots. Les espèces intégralement protégées sont le phoque moine de Méditerranée (Monachus monachus) que l'on peut apercevoir, avec un peu de chance, autour de Pipéri et Yioura, la chèvre sauvage de Yioura (Capra hircus aegagrus) et la mouette d'Egée (Larus audounii). Les plaisanciers de passage sont priés de préserver ces paysages superbes et intacts, et il est heureusement interdit de vidanger les cuves de bord au nord d'Alonnisos.

Informations pratiques

Généralités

Les Sporades comptent quatre îles principales et de nombreu­ses petites îles et îlots peu habités ou déserts, qui s'étendent non loin de la côte est de Grèce, face à la péninsule du Pélion et à la grande île d'Eubée (ou Evvia), que l'on peut assimiler à la côte continentale tant elle en est proche. L'archipel comprend un groupe nord (Skiathos, Skopélos et Alonnisos) caractérisé par son climat doux, ses grandes forêts et ses maisons à balcons de bois et toiles de tuiles, sans oublier quelques-unes des plus belles plages du pays. A 30 milles au sud-est de ce groupe, Skiros présente un aspect plus aride. Ressemblant aux Cyclades, avec ses petites maisons cubiques et son château vénitien du XVIe siècle, elle mérite largement le détour, à condition de disposer de plus d'une semaine de croisière.

Navigation

Documents Cartes détaillées fournies par les loueurs, ou Shom 7233 et 5572. Guide Imray-Loisirs nautiques Mer Egée. Sunsail Pilot Book Sporades, bien documenté, sur les bateaux Sunsail. La navi­gation est facile, avec des côtes franches presque partout et des mouillages bien abrités.

Permis mer En principe, un permis de navigation est exigé pour le skipper d'un bateau sous pavillon grec. A défaut, un certificat d'aptitude fourni par le loueur est admis.

Météo En mai-juin, les brises thermiques et les calmes alternent avec des vents modérés s'orientant au nord-ouest à l'approche de juillet. L'été, le nord-ouest domine, fraîchissant parfois jusqu'à force 6 en journée et mollissant en soirée.

Langues

Le grec bien sûr, et l'anglais, pratiqué par tous les commerçants et restaurateurs, devant l'italien et l'allemand. D'une manière générale, il n'y a aucune difficulté de communication, les Grecs ayant assimilé le tourisme depuis des lustres.

Comment s'y rendre

Pas de vols directs depuis la France pour Volos (si l'on embarque à Milina) ni Skiathos. Sunsail offre des vols Londres-Volos pratiques, avec transfert vers la base de Milina à l'arrivée. Skiathos est accessible via Athènes. Prix moyen 350 à 500 €.

Formalités, monnaie

Un passeport ou une carte d'identité en cours de validité suffit. Aucun problème de change, la Grèce étant en zone euro. On trouve partout des distributeurs automatiques de billets et beaucoup d'achats peuvent se régler par carte de crédit.

Avitaillement

Pas de problème pour l'eau et le carburant dans les ports. Pour les vivres, il y a une supérette bien fournie à la base Sunsail de Milina, et on trouve des marchés et des magasins dans les ports.

Prix

Dans les tavernes, comptez 10 à 15 € par repas avec vin, un peu plus pour le poisson. Pour les vivres usuels, les prix sont sensiblement moins chers que sur nos côtes.

Bonnes adresses

Milina : taverne familiale sur la base Sunsail. Autre bonne adresse, le Café-Ouzeri du village, au bord de l'eau, à environ un quart d'heure de marche de la base: excellents mézzés et plats en casserole, avec petit vin blanc de bon tonneau.

Skiathos : rôtisserie Pirostia, dans une ruelle en retrait du vieux port. Spécialités à la broche, succulent cabri au four et bon accueil. Pour un pot en fin de soirée, le Bar The final Step, en haut du kastro (château), avec vue panoramique sur le port et bonne musique.

Alonnisos : à Steni Vala, restaurant Fanari (" le Phare ") au bout du quai. Poisson du jour pêché par le patron, qui est aussi pêcheur.

Les loueurs

- Sunsail a une flotte importante à Milina (40 unités de 39 à 54 pieds, dont catamarans). Appareillage possible de Skiathos, moyennant un supplément. Tél.: 0800 33 15 15. www.sunsail.com
- Moorings est présent à Skiathos, avec une quinzaine d'unités (monos et catas). Tél.: 0800 80 30 30. www.moorings.com
- Kiriacoulis-Vent Portant a également une base à Skiathos (une douzaine d'unités). Tél.: 0546447693. www.ventportant.com.
Mise à jour le Jeudi, 08 Mai 2008 07:52