Sommaire du n°645
Les Seychelles Imprimer Envoyer
Jeudi, 30 Septembre 2004 01:00

Escales aux îles du coco de mer

Eparpillées au large de l'Afrique, les Seychelles et leurs mouillages de rêve s'inscrivent parmi les paradis des vacances à la voile grâce aux flottes de location qu'elles hébergent. Les plages désertes ourlées de cocotiers, les lagons d'émeraude où scintillent des poissons multicolores et les collines de granit envahies par la jungle composent une palette de souvenirs inoubliables, enjolivés par les sourires d'une population particulièrement hospitalière.
 

Présentation

La fascinante beauté des côtes seychelloises sert depuis des années de toile de fond à de nombreux photographes de mode, publicitaires et réalisateurs de cinéma, à l'instar de Roman Polanski pour son Pirates ou de François Leterrier qui tourna Emmanuelle 3 sur l'île de la Digue, la superbe maison créole de l'érotique héroïne étant devenue, depuis, la résidence secondaire du président René. On aurait pu craindre que le succès ne pollue cet éden tropical. Il n'en est rien: la plupart des plages sont vierges, la nature est parfaitement préservée grâce à des règlements d'urbanisme stricts (aucune construction de plus d'un étage) et le tourisme reste discret. Il est vrai qu'avec 2500 visiteurs par semaine dispersés sur une quinzaine d'îles et une population de 80000 âmes pour tout l'archipel (une centaine d'îles sur un territoire maritime trois fois grand comme la France), on n'y risque pas la bousculade. Sur ces rivages qu'un dieu poète a composés comme des tableaux, d'énormes blocs de granit sombre soulignent la blancheur scintillante du sable de corail et les cocotiers penchés se reflètent dans des lagons d'émeraude. Mais la plus belle surprise du voyage, c'est la gentillesse et la douceur de vivre des Seychellois. En outre, tout le monde ici parle indifféremment créole, français ou anglais, grâce à une scolarisation parfaitement réussie de toute la jeunesse.



Des flottes de location bien organisées

Avec plus de 3500 milles à parcourir depuis la France, rares sont les plaisanciers qui arrivent aux Seychelles par la mer. En revanche, il est facile d'y louer un voilier. C'est donc en général par le hublot d'un avion qu'on découvre les îles. Ce qui frappe alors, c'est la dimension lilliputienne des terres par rapport à l'immensité bleue de l'océan Indien, ponctué de place en place par le reflet pâle d'un lagon ou par un mamelon de verdure frangé d'écume scintillante. En fait, la superficie totale des terres équivaut à peine celle d'un de nos départements et, compte tenu de leur dispersion sur près de huit cents milles nautiques, on se contentera de visiter Mahé, l'île capitale, et la quinzaine d'îles et d'îlots qui l'environnent.

 

Les ports

Victoria, île de Mahé : les atouts de la capitale

Dans le premier port des Seychelles, la plaisance est une activité marginale. Une zone équipée d'un ponton avec eau et électricité y est toutefois allouée aux loueurs de bateaux, entre le quai des goélettes locales et le port de grande pêche, où des chalutiers géants du monde entier viennent transborder leur butin sur des navires-usines à destination de l'Europe ou de l'Extrême-Orient. Malgré ce voisinage bruyant, Victoria est la base la plus pratique du pays pour faire un bon avitaillement. Une marina d'environ 150 places, située dans un cadre plus séduisant, devrait voir le jour dans les deux années à venir.

 

Ile de La Digue, port de La Passe : un havre du bout du monde

Quel charme que ce petit port-embarcadère à côté de la place du village! C'est rustique: un môle d'accostage sur la plage où s'inclinent les cocotiers et des digues de protection sur les récifs, avec une entrée en chicane qui protège bien du nord-ouest. On accoste au quai intérieur du môle pour ravitailler, sur autorisation du capitaine de port, ou on mouille par 2-4 m d'eau devant la plage, en tour­nant une amarre sur un cocotier. Ainsi installé, on a envie de s'attarder dans cette escale unique où une dizaine de bateaux trouvent place, les autres restant à l'extérieur.

Praslin, Sainte-Anne : bientôt une base de plaisance

Excellent port naturel, la baie de Sainte-Anne est en pleine évolution, avec des travaux de comblement de sa partie sud pour y créer un quai commercial et des dragages à 10 m de la passe d'entrée. Les goélettes locales et les bateaux de plaisance se partagent les quais du terre-plein formant l'extrémité d'un môle enraciné sur la rive sud. Une digue assure une bonne protection du sud-est et la place ne manque pas. Une base de plaisance avec un ponton équipé est en cours d'installation. Elle offrira une trentaine de places, une station de carburant et des installations sanitaires complètes, au lieu de l'unique prise d'eau actuelle. Outre la possibilité d'amarrage à quai, on peut aussi mouiller dans la moitié nord de la baie, par 2 à 3 m d'eau.

 

Mouillages

Il faut au minimum une semaine pour explorer ce petit archipel, dont on savourera toutefois mieux le charme en deux semaines, sans oublier quelques excursions à terre et une partie de pêche au large. Toute croisière débute à Victoria, le port de Mahé, ou sur l'île de Praslin (à 10 minutes de Mahé par avion navette), où se trouvent les bases de location. La facilité de navigation et les courtes distances d'île en île (2 à 20 milles) offrent des conditions idéales pour des vacances nature accordant une large part au farniente, à l'exploration sous-marine ou à la pêche. Point de marinas dans ce pays du bout du monde où le mouillage forain est la règle et les escales au port l'exception. Heureusement, les bons ancrages ne manquent pas, certains pouvant cependant être rouleurs, notamment sur les petites îles peu abritées de la houle. La seule mauvaise surprise vient des taxes de débarquement sur certaines îles publiques ou privées, de 50 à 180 F par personne, tarifs difficiles à justifier pour accéder à une plage, même si elle est classée réserve naturelle! La période la plus douce est l'intersaison d'avril-mai qui réserve les jours les plus ensoleillés de l'année, avec des brises légères tournant progressivement du nord-ouest à l'est puis au sud-est avec l'arrivée des alizés.

Mahé, chenal de Sainte-Anne

C'est le mouillage le plus proche de Victoria et il n'y a aucune raison de s'en priver car le cadre est enchanteur, entre les îles verdoyantes environnées de coraux qui forment le parc national maritime de Sainte-Anne. On n'y voit passer que quelques barques de promenade, ou la navette qui ramène les pensionnaires de la prison de l'île Longue, après leur journée de travail à terre. Suivant le vent, on mouille au nord de l'île Ronde, sur un beau fond blanc à l'extérieur des récifs (3-4 m d'eau); près de Sainte-Anne, dans l'anse du Cimetière; ou dans celle de Manon, en prenant garde aux récifs côtiers.

 

Praslin, baie de Curieuse

Il s'agit en fait du chenal entre Praslin et Curieuse. On y trouve une série de mouillages abrités des vents dominants, à l'image de l'anse Lazio (ou baie Chevalier), idéale en période d'alizés avec ses beaux fonds de sable, sa longue plage déserte et, seule construction à des kilomètres à la ronde, le joli restaurant Bonbon Plume, une table raffinée à l'ombre des cocotiers. Tranquillité garantie dans les anses Petite Cour et Possession, où mouillent quelques pêcheurs locaux. Pour passer une soirée à terre ou trouver un taxi en vue d'une excursion, jetez plutôt l'ancre à l'est de la pointe Zanguilles, devant les hôtels (discrets) de l'anse Volbert, d'un côté ou de l'autre de l'îlot Chauve-Souris (attention toutefois aux récifs côtiers). Pour visiter l'île de Curieuse et ses tortues géantes, mouillez soit devant la plage de Saint-José, soit dans la baie de Laraie par vent de nord-ouest.

 

Quelques autres mouillages de charme

Port Launay, au coeur d'un parc naturel, est le plus beau mouillage de Mahé. Ancrage très abrité dans une eau turquoise devant une longue plage blanche. Tout autour, la forêt tropicale d'où émergent les albizias géants grimpe à flanc de montagne.
L'île aux Récifs, isolée à l'est-nord-est de Mahé, offre un superbe site de plongée à aborder par beau temps. On mouille avec prudence d'un côté ou de l'autre des récifs qui prolongent la pointe sud de l'île.
L'anse Georgette, plage déserte à l'extrémité ouest de Praslin, scintille sous le soleil. La côte est de Grande Soeur est bordée par une des plus belles plages de la région, qui rappelle celles de la Digue. Mouillage splendide par beau temps, avec de beaux fonds clairs (débarquement payant en semaine, réservé le week-end).
Les petites îles Coco, classées parc naturel, fournissent un concentré de paysage seychellois: quelques cocotiers coincés entre de gros rochers polis, une plagette de sable fin et de beaux fonds coralliens tout autour. Hélas le débarquement est payant.

Histoire

Des manuscrits anciens indiquent que les navigateurs arabes, déjà établis sur côte orientale de l'Afrique et aux Comores, furent sans doute les premiers à reconnaître, au ixe siècle, ces îles noyées dans l'océan Indien. Les mentions deviennent plus précises avec les grandes découvertes: Vasco de Gama nomme les Amirantes un des groupes des Seychelles, dès 1502, et une grande île est alors signalée sur les portulans à l'emplacement de Mahé. Ces terres sans grandes richesses ne servirent longtemps que d'escale pour faire de l'eau et des vivres frais sur la route des Indes ou comme repaires de pirates. La première déclaration de possession officielle fut le fait des Français qui, en 1756, baptisèrent ces îles en hommage au vicomte Jean Moreau de Séchelles, lequel n'y vint d'ailleurs jamais. Plus tard, ces colonies marginales vécurent sous une double administration franco-britannique, avant de devenir exclusivement britanniques puis d'accéder à l'indépendance en 1976. Un an plus tard, le Premier ministre France-Albert René prend le pouvoir et instaure un « socialisme à coeur ouvert » qui se défend de toute subordination aux régimes communistes. Réélu en 1993, le président René, qui a su tirer le meilleur parti des aides internationales, peut se vanter d'avoir fait des Seychelles un pays démocratique, avec une médecine gratuite, une instruction égale pour tous jusqu'au bac et un niveau de vie plus proche de l'Europe que de tous les pays de cette région du monde, à part l'île Maurice, elle aussi assez riche.

Une économie basée sur le tourisme et la pêche

Première richesse du pays, le tourisme représente à peu près 60 % des apports en devises et 20 % du PNB, la deuxième ressource étant la pêche industrielle grâce à des licences accordées à des sociétés étrangères qui utilisent aussi le port de Victoria comme relais vers leur pays d'origine. La pêche locale est importante - les Seychellois sont les plus gros consommateurs de poisson du monde - et alimente largement tous les hôtels. Sur ce point, un séjour aux Seychelles ne manquera pas de combler les amateurs de produits de la mer !


Informations pratiques

Climat et météo

Sous ces latitudes équatoriales, la température varie peu dans l'année (maximas 29 ° à 31 °C, minimas 24 à 25 °C). Les Seychelles ont en outre la chance de se situer à l'écart des passages de cyclones. Cela n'empêche pas de distinguer deux saisons principales, associées à des régimes de vent opposés, et deux intersaisons assez marquées. La saison humide court de décembre à avril, avec des pluies plus intenses en janvier. Cette saison correspond à la mousson de nord-ouest qui s'établit alors sur une grande partie de l'océan Indien. Le vent de nord-ouest souffle de 10 à 15 noeuds et le ciel est souvent nuageux, avec de gros cumulus qui peuvent donner lieu à des grains orageux. Mais, même à cette saison, l'ensoleillement dépasse toujours 5 à 7 heures par jour. Les pluies diminuent nettement à partir de mars et les vents de nord-ouest commencent à faiblir pour faire place à une intersaison marquée par des vents faibles qui basculent progressivement au sud-est pour se stabiliser dans cette direction en juin, début de la saison sèche, associée aux alizés de sud-est à est. Ceux-ci, plus forts que la mousson, soufflent entre 15 et 25 noeuds sous un ciel parsemé de petits cumulus qui évoque les Antilles, avec un ensoleillement maximal (7-8 heures/jour). Les alizés faiblissent en novembre avant de basculer assez vite au nord-ouest, cette intersaison étant plus brève que l'autre.

Les marées

Aux Seychelles, les marées ne sont pas contraignan­tes pour la navigation, ce qui ne doit pas faire oublier, lors des mouillages, que le marnage atteint 1,80 m en vives-eaux. Il faut aussi se méfier des courants locaux quand on s'adonne à l'exploration sous-marine.

Cartes et documents

Trois cartes britanniques couvrent la zone de navigation habituelle: la 742 au 1/125000 (Mahé, Praslin & adjacent islands) est la plus utile. On la complétera par les cartes de détails (724 et 722), où figurent pratiquement tous les mouillages. Le Pilote côtier Bénéteau consacré aux îles Seychelles est assez complet et illustré de nombreuses photographies aériennes.

Ravitaillement et gastronomie

Mieux vaut le savoir, on ne peut faire un avitaillement très complet qu'à Victoria. Notre conseil: confiez au loueur l'approvisionnement de base, tout au moins pour tous les produits non périssables, et offrez-vous une visite du pittoresque marché de la capitale pour les vivres frais. Quelques boutiques à Praslin et La Digue permettent de renouveler le stock en cours de croisière. La seule denrée très abondante et bon marché est le poisson (± 50 F le « paquet » de 8 à 10 kg).
La gastronomie créole tire le meilleur parti des produits de la mer et des épices tropicales avec, en outre, quelques plats typiques, tel le curry de chauve-souris. Les restaurants ne manquent pas sur les trois îles principales, souvent près des mouillages. Nos meilleures adresses: Marie-Antoinette à Mahé, Bonbon Plume et Paradise Sun à Praslin. Attention toutefois au prix des vins, parfois prohibitif.

La spécialité : au royaume du poisson

Les Seychellois sont les plus gros consommateurs de poisson du monde, ce qui est tout naturel, vu la générosité de l'océan. Toujours pêché de jour, le poisson s'accommode sous toutes les formes suivant les variétés (grillé à la braise, poêlé, en curry, au coco, épicé, en beignets...). Nos préférés: le bourgeois (bourzwa), la vieille, le thon, sans oublier le poulpe et le crabe. Et quoi de mieux que d'aller le chercher soi-même en louant un bateau local homologué pour la pêche au large. Ils sont nombreux et leurs patrons connaissent les coins dont on ne revient jamais bredouille. Plaisir assuré !

A ne pas manquer

A visiter

La vallée de Mai : des cocotiers de légende
Cette forêt d'une vingtaine d'hectares située sur l'île de Praslin est l'ultime sanctuaire du fameux cocotier de mer, dont les noix sont aussi nommées cocos-fesses en raison de leur forme voluptueuse. Ce prince des palmiers, qui ne pousse qu'à Praslin et sur quelques îlots proches, serait, selon certains paléobotanistes, un des rares végétaux à avoir survécu à la dislocation du Gondwana, le continent originel. La non-dissémination de cet arbre à pousse très lente tient à son extrême isolement insulaire et surtout au fait qu'il faut un arbre mâle et un arbre femelle pour assurer la reproduction. Pourtant, bien avant la découverte des Seychelles, les courants marins poussèrent quelques cocos-fesses jusqu'en Asie. Rondeurs suggestives, origine mystérieuse, il n'en fallait pas davantage pour forger une légende: la noix géante - 10 à 20 kg - ne pouvait provenir que d'un arbre du fond de l'océan, d'où son nom de coco de mer. On lui prêta aussitôt toutes sortes de vertus magiques et seuls les nobles eurent le droit d'y goûter. La vallée de Mai, classée en 1983 au patrimoine mondial de l'Unesco, est unique au monde avec ses voûtes ombragées sous les palmes des cocotiers de mer, dont certains ont plus de 400 ans. La vente de cocos-fesses se limite à quelques exemplaires pourvus d'un certificat officiel, toute tentative de contrebande étant passible de prison. Il faut en effet six à sept ans pour qu'une noix parvienne à maturité et pas moins de trente ans pour qu'un arbre commence à produire. Ouvert tous les jours de 8 h à 17h30 (entrée ± 40 F).

A voir

Le marché de Victoria:  Le « bazar en ville » est le lieu le plus coloré de la capitale, surtout le samedi. L'ambiance y est bon enfant et l'on y découvrira toutes les variétés de fruits et légumes du pays.
Vallée de Mai : au centre de Praslin, cette forêt de cocotiers de mer unique au monde est classée au patrimoine mondial de l'Unesco. A visiter tôt le matin pour profiter au calme de la magie du lieu.
Les tortues de Curieuse:  Quelques spécimens centenaires somnolent près d'une petite plage idyllique. Les bananes sont les friandises favorites de ces chéloniens géants dont la chair délicieuse a bien failli causer la disparition définitive !
Mahé, Morne seychellois:  Excursion en voiture à travers la forêt tropicale qui couvre l'île. De beaux panoramas sur toutes les côtes, notamment, au lieu-dit La Mission, quelques curiosités botaniques, telles les fleurs carnivores de Morne Blanc.
Port Launay  (04° 39,0 S - 55° 23,7 E) : Le plus beau mouillage de Mahé, sur la côte sud-ouest, est un abri idéal. Et comme il est dans un parc maritime protégé, il y a aussi de belles plongées à faire autour des pointes d'entrée.
Pressoir de La Digue: Non loin du village, l'antique pressoir à coprah de la Plantation, mu par un boeuf, vaut le détour. En continuant le long de la côte, vous découvrirez une petite plage mythique, Source d'Argent, hélas un peu trop visitée aujourd'hui.
Ilet Saint-Pierre (04° 19,2' S 55° 45' E): Ces gros rochers polis d'où surgissent des cocotiers ébouriffés prennent des tons d'or dans le soleil couchant. On peut mouiller à côté, mais seulement sur les zones sableuses pour préserver les coraux.
Mise à jour le Mercredi, 07 Mai 2008 13:34