Sommaire du n°645
Polynésie Imprimer Envoyer
Écrit par Rémi Tristan   
Jeudi, 30 Septembre 2004 01:00

Bora Bora, Raiatea, Huahine, Maupiti, Tahaa... le paradis

Mouiller dans ces îles tropicales est aujourd'hui un rêve très accessible grâce aux voiliers de location basés à proximité. A vous les plages de sable blanc baignées d'une eau tiède qui abrite une faune aussi variée que colorée et une végétation exubérante qui ne se limite pas aux innombrables cocotiers des motu.
 

Présentation

Décrites par Louis Antoine de Bougainville comme la nouvelle Cythère, puis par James Cook, bien avant Paul Gauguin et Pierre Loti, Tahiti et les îles de la Société ont su s'imposer dans l'inconscient collectif comme le symbole du paradis originel perdu, un mythe qui est tout à fait justifié tant les conditions naturelles y sont douces. On distingue les îles du Vent, dont les principales sont Tahiti et Moorea, des îles Sous le Vent plus anciennes et dont les lagons sont les plus développés. Pour nous plaisanciers, c'est justement ici, sur Raiatea, que sont concentrées les principales bases de location, avec Tahiti Yacht Charter et Moorings dans la marina Apooti à trois kilomètres de l'aéroport, et Sunsail à peine plus loin dans la sauvage baie de Faaroa. Toutes les îles sont entourées de lagons le plus souvent navigables et naturellement protégés de la houle par le récif barrière, avec des passes profondes et bien balisées, pour la plupart très faciles d'accès surtout avec le GPS qui permet de les repérer facilement. Seule la passe de Maupiti est plus délicate. Si l'on ajoute que les vents soufflent en général modérément, faiblissant la nuit, et que la température extérieure est le plus souvent comprise entre 25 et 30 °C, avec des variations diurnes assez faibles, on comprendra que les îles Sous le Vent sont un vrai paradis pour la navigation de plaisance, et seul leur éloignement peut expliquer que la navigation y soit encore aussi peu répandue.
 


Carnet de route

Un long voyage qui passe vite

La Polynésie est une escale quasi obligatoire, voire souvent le but d'un tour du monde à la voile. Pour tous ceux dont le temps est compté, l'accès se fera par avion, 20 heures de vol de Paris à Tahiti via Los Angeles ou San Francisco. On peut se diriger directement sur Raiatea, sans changer d'aéroport, ou s'arrêter à Tahiti pour une courte visite. La fatigue du voyage est inférieure à l'idée que l'on s'en fait et la meilleure solution consiste, sans attendre, à profiter de cette fatigue pour effacer les effets du décalage horaire, qui atteint 11 heures, en adoptant immédiatement les horaires du lieu d'arrivée.

L'embarras du choix

Il n'est pas possible de tout visiter en une semaine, même si les distances ne sont pas très grandes, sauf à passer tout son temps à naviguer, et des choix s'imposent, en réservant, par exemple, une ou plusieurs îles pour un second séjour. Il est possible de réaliser le tour de Tahaa et presque complètement de Raiatea par le lagon sans sortir en mer. La traversée vers Bora Bora est rapide, avec une bonne partie du trajet à l'abri en passant par la passe Paipai à l'ouest de Tahaa. L'accès à Huahine et Maupiti est un peu plus difficile, avec en principe louvoyage à l'aller pour Huahine et au retour pour Maupiti, ce qui explique que ces deux îles sont beaucoup moins visitées.
Les plans d'eau abrités sont disponibles à profusion, mais ce sont les endroits où mouiller son ancre qui sont paradoxalement plus délicats à trouver à cause de la configuration des fonds. Insuffisants le plus souvent, mais pas toujours sur le platier de sable, ils atteignent couramment 30 m et plus dans le lagon. Entre les deux, on n'évitera le talus abrupt qui ne permet pas l'évitage et est souvent encombré de grosses patates de corail, véritables pièges à mouillage. Dans la pratique, il faut donc disposer d'un mouillage assez long et d'un bon guindeau, ou mouiller sur sable en repérant bien les patates de corail pour l'évitage, ce qui nécessite d'arriver avec un soleil encore haut.

 

D'île en île

Bora Bora : le plus beau lagon du Monde

La plus célèbre des îles Sous le Vent est largement ouverte au tourisme et les hôtels de luxe avec cases traditionnelles sur pilotis au-dessus du lagon se développent à un rythme soutenu qui peut faire craindre pour l'environnement, encore exceptionnel. A l'ouest, l'unique passe Teavanui s'ouvre entre les motu Tapu et Tevairoa et donne accès au lagon navigable presque partout, sauf autour de la pointe Matira au sud, et avec un passage plus délicat mais balisé à l'est. Nombreuses possibilités de mouillage. L'ouest du motu Toopua, et le nord de la pointe Taurere restent les plus prisés avec les corps-morts du Yacht-Club.

Maupiti : une île totalement préservée

Ressemblant à Bora Bora en miniature, Maupiti est l'île la plus authentique protégée par sa passe redoutée par forte houle de secteur sud, et grâce à la sagesse de ses 800 habitants pratiquement tous maoris qui ont refusé toute implantation d'hôtel sur l'île, rejetant sur les motu les quelques pensions de famille de taille réduite. On est séduit par la gentillesse des habitants et le calme du lagon peu profond, presque désert, que l'on explorera en annexe ou avec un guide à la recherche des raies léopard peu farouches. Possibilité de louer des vélos pour effectuer le tour de l'île dans le village de Vaiea, allongé entre le lagon et la falaise caractéristique.

Huahine : un lagon désert

Mise récemment sur le devant de la scène à l'occasion du tournage du Prince du Pacifique avec Thierry Lhermitte, Huahine reste peu visitée des plaisanciers à cause de son relatif éloignement et de l'obligation de remonter l'alizé depuis Raiatea. Tout le lagon ouest est navigable avec de profondes baies entourées d'une végétation exubérante. Avitaillement possible à Faré qui dispose d'un quai avec eau courante et de plusieurs commerces.


Mouillages

Raiatea, l'île principale

Ile sacrée pour les Polynésiens des temps anciens, Raiatea fait lagon commun avec Tahaa pour le plus grand bonheur de ceux qui craignent les mers agitées, et peuvent y envisager une semaine de croisière tout juste suffisante pour visiter tous les mouillages de ces deux îles. Une seule partie du lagon est déconseillée à cause du fond insuffisant. Par chance, c'est la partie sous le vent, à l'ouest des hauts reliefs de l'île qu'il faut faire au moteur, faute de vent. On sortira donc par la passe Toamaro pour rentrer à nouveau dans le lagon quelques milles plus loin par la passe Rautoanui. On ne manquera pas au passage la profonde baie de Faaroa qui possède une rivière explorable en annexe qui abrite les corps-morts de Sunsail (VHF canal 10) ; les marae de Taputapuatea et le motu Nao Nao, désert, avec sa piste d'aviation désaffectée au milieu des cocotiers.

 

Tahaa, capitale de la vanille

C'est la seule île dépourvue d'aéroport. Plutôt escarpée et découpée de nombreuses et profondes baies, elle a pu préserver son caractère sauvage et agricole. Elle produit une grande partie de la vanille polynésienne, caractérisée par son séchage naturel au soleil. On peut faire le tour intégral de Tahaa par le lagon profond et, si l'île elle-même est dépourvue de plages, on les trouvera sur les nombreux motu le plus souvent déserts. De jour, les mouillages les plus beaux sur fond de sable sont situés devant les motu Tau Tau et Mahaea, avec une faune sous-marine intéressante. Le motu Mahaea est particulièrement propre, mais le débarquement est payant.

 


Histoire d'un atoll

Un lent travail animal et minéral

Au commencement est un point chaud fixe situé sous le mince plancher océanique qui défile, suivant la théorie de la dérive des continents, c'est-à-dire de l'ouest vers l'est pour la Polynésie. Il donne un alignement de volcans coniques, sous-marin ou émergeant selon leur hauteur. Si le volcan sort de la surface de l'océan, naît une île jeune, comme l'est Tahiti où la structure du volcan est encore bien visible.
Le corail se met à grandir à la périphérie en s'éloignant peu à peu pendant que l'érosion attaque le cône volcanique. Le lagon est né. Au bout de 4 millions d'années, comme à Bora Bora ou Maupiti, ne reste plus émergée que la partie centrale du volcan, entourée d'un vaste lagon protégé par la barrière de corail qui sort par endroits pour former les motu.
Le volcan finit par disparaître totalement sous la surface pour obtenir un atoll circulaire complet comme à Mopelia, à l'ouest de Maupiti, à Tetiaroa, ou encore à Rangiroa aux Tuamotou.
Les passes, le plus souvent profondes, franches et bien balisées, correspondent aux débouchés des rivières, le corail ne poussant pas quand l'eau est saumâtre, pour le plus grand bonheur des plaisanciers et marins qui peuvent ainsi pénétrer dans ce véritable port naturel qu'est le lagon. Du large, on passe donc brutalement de fonds très importants bleu outremer au récif barrière au ras de l'eau et sur lequel la houle déferle en permanence, puis vient le platier bleu des mers du Sud, composé de sable corallien et de patates de corail riches en faune multicolore. La partie navigable, souvent profonde de 30 m environ, longe l'île et un récif frangeant de corail précède généralement le rivage proprement dit.

Informations pratiques

A ne pas manquer

Pêche locale : des pirogues sur portiques

Les bateaux des pêcheurs, généralement petits et toujours munis d'un balancier, sont aujourd'hui le plus souvent propulsés par des moteurs hors-bord. Inspirés plus ou moins librement des pirogues traditionnelles, ils sont presque toujours sortis de l'eau à l'aide de portiques équipés de treuils artisanaux, mus par des volants de grand diamètre. Cette technique originale de mouillage, rendue possible par la faible amplitude des marées, évite que les bateaux ne se remplissent en cas de pluie violente, les met à l'abri du clapot et accessoirement suppprime carénage et antifouling.
Les bateaux sont entreposés au sec tout près des maisons et sont aisément accessibles avec de l'eau jusqu'au genou au maximum. Autour des îles on ne croise guère de voiliers en dehors des bateaux de croisière de location et des dériveurs de sport des centres de vacances, mais il n'est pas rare de croiser des pirogues beaucoup plus fines, toujours munies d'un balancier. Propulsées à la pagaie, elles servent à l'entraînement sportif.

La plongée : fantaisies multicolores

Il suffit de mettre la tête dans l'eau, équipée d'un masque et d'un tuba, sans avoir besoin de plonger, pour profiter du spectacle offert par des eaux cristallines. Au programme, corail vivant et multiples poissons et coquillages multicolores. Les zones les plus propices correspondent à l'entrée de l'eau du large dans le lagon, à proximité du récif barrière ou dans les fausses passes entre motu. Les vraies passes plus profondes seront réservées aux plongeurs expérimentés ou accompagnés. Le jardin de corail, au sud-est de la pointe Taurere à Bora Bora est célèbre. Nous conseillons aussi le motu Nao Nao à Raiatea, le motu Tau Tau à Tahaa ou la fausse passe au nord de Maupiti.

A voir

L'église de Maupiti : A Maupiti, on mouille au niveau de l'église, derrière le banc de sable à laisser à tribord.
Les tombes des ancêtres : Sur Maupiti, les tombes des ancêtres sont souvent disposées dans les jardins, devant les maisons.
Maupiti, passe Onoiau : Cette passe est la clef du petit paradis qu'a su rester Maupiti grâce à la sagesse de ses habitants.
 
Bora Bora, mont Otenanu : Caractéristique et souvent visible de très loin la montagne de Bora Bora est parfois masquée par les nuages.
 
Raiatea, motu Nao Nao : A la pointe sud de Raiatea, le motu Nao Nao est l'un des plus beaux mouillages forains des îles Sous le Vent.
 
Le temple de Raiatea : Très important aux temps anciens, avant l'arrivée des missionnaires, c'est du site religieux de Taputapuatea que partaient les grandes pirogues doubles qui sont allées jusqu'en Nouvelle-Zélande.
Huahine, le lac Maeva : Village lacustre bâti sur le lagon peu profond, Maeva possède encore des maisons traditionnelles sur pilotis et des parcs à poisson en pierre.
 

Climat et météo

Les îles Sous le Vent bénéficient d'un climat chaud, humide et agréable avec saison des pluies de décembre à mars, et saison sèche pendant l'hiver austral de juillet à octobre. Ces saisons ne sont pas très marquées, et une semaine de soleil en janvier n'a rien d'exceptionnel. La température de l'eau va de 26 à 28 °C, et celle de l'air ne descend guère en dessous de 24 °C, avec des vents le plus souvent modérés avec dominante est (alizés). Seuls sont à craindre le mara'amu, alizé de sud-est qui peut aller jusqu'à 35 noeuds en hiver et rend pénible la remontée sur Tahiti, et surtout les cyclones en été qui apparaissent avec l'augmentation de la température de l'eau liée au phénomène El Niño. Le vent peut alors tourner à l'ouest. Les derniers cyclones, en 1997-1998, ont ravagé entre autres Maupiti, où la plupart des maisons ont été détruites, Bora Bora et le fameux hôtel Hana Iti, bâti dans les arbres de Huahine. Météo en VHF sur Mahina Radio canal 26 ou RFO Tahiti 94 et 96,5.

Les marées

Les marées diurnes sont très faibles avec marée haute à midi et basse à l'aube et au crépuscule. En fait, les lagons sont remplis par la houle qui passe au-dessus de la barrière, et le courant dans les passes est le plus souvent sortant. Il peut localement être fort, notamment dans la passe unique de Maupiti où les cartes signalent un courant jusqu'à 9 noeuds par grosse houle. La passe, étroite et peu profonde peut alors être impraticable.

Cartes et balisage

Cartes du Shom : 6033, Iles sous le vent, pour les traversées entre îles ; et de nombreuses cartes de détail, dont les sondes ne sont pas toujours aussi précises qu'en métropole : 6002, Bora Bora ; 6280, Nord Raiatea ; 6281, Sud Tahaa ; 6282, Passes entre Tahaa et Raiatea ; 6283, Tahaa ; 6284, Sud Raiatea ; 6434, Huahine ; 7213, Maupiti.
Le balisage, abondant, est identique à celui utilisé en métropole. Seule adaptation locale dans le lagon avec balises rouges côté île et balises vertes côté récif.

Ravitaillement et gastronomie

Avec plusieurs supérettes, Otorua, la capitale de Raiatea, est le meilleur endroit pour l'avitaillement de départ, avec possibilité de venir à quai près du poste à carburant. Ailleurs, on trouve partout du pain, des fruits et légumes locaux, du poisson, ainsi que l'épicerie de base. Il ne faut pas hésiter à questionner les habitants toujours très serviables, qui parlent tous le français en plus du tahitien. Côté gastronomie, il faut absolument goûter le délicieux poisson cru à la tahitienne, mariné dans le jus de citron vert, servi accompagné de légumes locaux coupés en cubes et arrosé de lait de coco. Les restaurants sont plus nombreux à Bora Bora, notamment le Yacht Club qui offre corps-mort, appontement et eau à quai à ses clients. Citons encore le Marina Iti à Tahaa, qui propose aussi des corps-morts, ou le Yacht Club de Raiatea, installé comme les deux précédents dans une grande case traditionnelle en nattes de pandanus tressé.
Mise à jour le Mercredi, 07 Mai 2008 13:38